Marie-Hélène Lafon, Les derniers indiens, Folio, Gallimard, 2009.

Publié le par ANTIGONE37

9782070359363 image

Roman.

 

"Elle ne cherchait pas à tout comprendre, elle assistait à la vie des voisins comme à une sorte de spectacle sans fin, donné, stupéfiant et familier à la fois. Ils étaient là, ils se mouvaient, émettaient des sons, des odeurs, multipliaient les gestes, les images, recommençaient, cessaient, recommençaient, tous, hommes femmes enfants, bêtes et gens."  

 

Marie et Jean Santoire sont frère et soeur. Ils sont de la quatrième génération des Santoire. Pas mariés, pas d'enfant. Juste eux, dans une grande maison perdue dans un petit village au coeur du Parc National des volcans d'Auvergne. Leurs parents sont morts ; ils restent seuls. Leur seule activité : regarder, observer, scruter la "tribu des voisins". De l'autre côté de la route, un autre monde commence. Celui des enfants qui rient, des parents qui travaillent, des voisins qui vivent, vraiment. Les Santoire ne vivent pas. Ce sont des sentinelles qui happent les faits et gestes des voisins. Ils contemplent la vie des autres, sans jamais en faire partie, en préférant en prendre leur parti. 

 

Sans titre-copie-2J'avais déjà beaucoup aimé cette auteure dans L'annonce. Le décor est le même, des maisons isolées dans les verts pâturages auvergnats. Les personnages se ressemblent, un homme et une femme solitaires, tellement ancrés dans le paysage qu'ils ne semblent faire qu'un. On ressent les mêmes émotions, les mêmes douleurs, la même solitude.

 

Marie et Jean se raccrochent aux souvenirs qui deviennent leur seul moteur. Les voisins ne sont qu'un prétexte pour les conforter dans l'idée de ce qu'ils ne sont pas et ne seront jamais, au grand malheur non avoué de Marie pour qui la ville et la vie des autres semblent fasciner. Elle mène sa vie par procuration, à travers des cartes postales, des prospectus, sa fenêtre, son écran de télévision.

 

"L'une des cartes venait de Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, et représentait un parasol rayé de couleurs vives, frangé de blanc éclatant, ouvert sur un morceau de sable pâle et vide. L'autre carte, divisée en quatre parties, avait été envoyée des Châteaux de la Loire, Chenonceaux, Chambord, Cheverny, Azay-le-Rideau, les quatre noms sinuaient en petits caractères bleus sur les bandeaux orange qui encadraient quatre photos minuscules."

 

L'écriture, toujours aussi belle, est toute en retenue et en pudeur. Marie-Hélène Lafon attache une grande profondeur à ses personnages. Elle les dépeint avec douceur et bienveillance. Chaque détail compte pour saisir la complexité des caractères décrits. Même si les décors et les personnages sont uniques, la solitude, elle, est universelle.

 

S'il n'y avait qu'un seul livre à lire

Commenter cet article