Tennessee Williams, La chatte sur un toit brûlant, Le livre de poche, Paris, 1963.

Publié le par ANTIGONE37

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Théâtre.

C'est avec ce drame en trois actes ainsi que son adaptation cinématographique que je commence mon challenge consacré à Tennessee Williams organisé  par Will.

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Je me suis procurée une vieille édition de poche de cette pièce. Vous savez, celle qui traîne au fond des greniers, celle qui n'a pas été ouverte depuis de nombreuses années et qui sent cette odeur de papiers jaunis si particulière. Petit détail ? Sûrement ! Mais, ça me suffit pour rentrer dans cette oeuvre magistrale avec un certain parfum de nostalgie.

 

Quelques mots sur l'auteur pour commencer. Tennessee Williams est né en 1911 dans le Mississippi. Il grandit auprès de sa mère et  de sa soeur chez son grand-père. Après avoir rompu avec sa famille, il part à la Nouvelle-Orléans puis à New-York où il vit de petits métiers en même temps qu'il écrit des pièces en un acte. En 1943, il est engagé par la MGM pour faire l'adaptation d'un roman. Cette tâche l'ennuie et il présente son propre scénario qui est refusé. Il en fait une pièce : La Ménagerie de verre qui fut couronné de succès. Viendront de nombreuses autres pièces ainsi que quelques romans et nouvelles. Les triomphes suivront même s'il décède seul dans une chambre d'hôtel.

 

La chatte sur un toit brûlant a été montée pour la première fois aux Etats-Unis en 1955 par Elia Kazan (Peter Brook la monte en France en 1955).

 

La pièce. Dans une très grande villa du sud des Etats-Unis, une famille se retrouve et se réunit autour du grand-père malade afin de fêter son soixante-cinquième anniversaire. Brick, son fils préféré, ancien champion de football s'est réfugié dans l'alcool pour oublier le suicide de son meilleur ami. Maggie, "la chatte sur un toit brûlant", tente de reconquérir son mari qui la rend responsable de cette mort. Gooper, le second fils, ainsi que sa femme Edith (Mae dans le film) tentent de s'accaparer la plus grosse partie de l'héritage.

 

Mon avis. Cette pièce est d'une intensité rare. Les personnages passent par toutes les émotions : l'amour, la haine, le désir, l'envie, ... Tennessee Williams les condense  en trois actes. L'écriture juste et précise (et notamment dans les didascalies très précises) transpire de vérité. Les personnages et notamment Brick, sont complètement perdus, au bord de la rupture. L'intrigue est centrée sur le couple Brick/Maggie, au bord d'un précipice vertigineux où la violence des mots fait rage. Les non-dits, les mensonges et les rancoeurs sont également au coeur de la pièce. Tennessee Williams insufflent  à ses héros une sorte de charme pervers, loin des conventions pour cette famille invitant un prêtre à sa table. L'auteur met en avant l'argent comme un facteur de perversion et de dislocation d'une famille. Rien de tel qu'un huis-clos familial pour laisser exploser l'orage (au sens propre comme au figuré) de ces sentiments.

 

Sous le regard de Richard Brooks, les personnages couchés sur le papier par Tennessee Williams, prennent vie. La satire acide prend les traits d'Elisabeth Taylor, d'une sensualité électrisante et de Paul Newman, d'une puissance émotionnelle rare. Quelques jours après le début du tournage, Mike Todd, le mari d'Elisabeth Taylor se tue dans un accident d'avion. Après quelques semaines, elle reprit son rôle. Son interprétation sans faille en fait une très grande actrice, avec une sensibilité à fleur de peau : "On est plus solitaire avec un homme qu'on aime et qui ne vous aime pas, que si l'on vit toute seule."

 

L'adaptation est beaucoup plus centrée sur la relation entre Brick et son père. Big Daddy a un rôle plus important puisqu'il est présent tout au long du film et  notamment à la fin, dans la superbe scène se déroulant dans la cave encombrée de souvenirs divers et variés. Richard Brooks a également mis l'accent sur le huis-clos familial, le cancer du patriarche et les relations maritales de Maggie et de Brick que sur l'éventuelle homosexualité entre Brick et son meilleur ami. Les second rôles sont également impressionnants : Burt Ives (Big Daddy), Judith Anderson (Big Mama), Jack Carson (Gooper) ou encore Madeleine Sherwood (Mae).

 

Bref, cette adaptation a su capter l'émotion latente de la pièce de Tennessee Williams. La mise en scène est irréprochable et les acteurs formidables.

 

Je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin. Je continue ma découverte de cet auteur qui me fascine déjà par Un tramway nommé désir. Affaire à suivre ...

 

S'il n'y avait qu'un seul livre à lire.

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