Tennessee Williams, Un tramway nommé désir, Le livre de poche, Paris, 1963.

Publié le par ANTIGONE37

Théâtre.

 

C'est en visionnant le magnifique film de Pedro Almodovar, Tout sur ma mère, que j'ai découvert cette pièce. 

 

Lire le texte original a été pour moi une sorte de choc ; rarement autant de violence et de sentiments contradictoires peuvent être concentrés dans un texte de 250 pages.

 

Un tramway nommé désir  a été joué pour la première fois en 1947. En 1948, Tennessee Williams a remporté le prix Pulitzer pour cette oeuvre.


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La pièce. Stella et Stanley Kowalski vivent dans un petit appartement minable dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, dans une "ambiance sensuelle et décadente". Sa soeur, Blanche Dubois, débarque. Elle ne s'attendait pas à ce décor : deux pièces, seulement séparées par un mince rideau, pas de bonne, ... La courte halte se transforme en séjour qui n'en finit plus. Piqué au vif, Stanley décide de mener l'enquête et de mettre au courant Stella sur le passé trouble de sa soeur.

 

Mon avis. "Le désir" est tout d'abord le nom du tramway qui conduit Blanche chez Stella et son mari. Lourd de symbole, ce tramway nommé désir transporte les héros dans un tourbillon où la violence et les mensonges se mêlent à un désir destructeur. Le personnage de Stanley, toujours en proie à une violence sous-jacente, s'oppose à celui de Blanche, douce rêveuse mythomane perdue et à la recherche d'un idéal qu'elle ne pourra plus atteindre.

 

Le mensonge est le fils conducteur de cette pièce. Blanche ment aux autres, à sa soeur, sur sa vie à Belle Rêve, ... mais elle se ment également à elle-même, cherchant à se convaincre que sa vie idéale ne doit être faite que des robes, autrefois fraîches, qu'elle porte.

 

Les personnages oscillent entre désir et révolte. C'est le cas de Stella qui ne peut se passer de son mari malgré sa violence aussi imprévue que destructrice.

 

En plus de cette tension qui plane tout au long de la pièce, Tennessee Williams n'oublie pas de décrire l'atmosphère lourde de la Nouvelle-Orléans. Les personnages évoluent dans un univers sale, moite, bruyant, n'aspirant pas à la quiétude. L'intensité de l'intrigue augmente à mesure que l'humidité envahit le très modeste appartement.

 

Cet univers est à l'inverse de celui de Blanche, femme toujours apprêtée de collier, robe de dentelle et autre diadème. On retrouve d'ailleurs cette opposition dans le langage. Blanche, ancienne professeur d'anglais utilise un vocabulaire très châtié et même lyrique, alors que Stanley parle de façon vulgaire. L'écriture très précise et sensible de Tennessee Williams donne un corps incomparable aux personnages.

 

Confrontation des vies, confrontation des genres.

 

streetcar named desireCette pièce de théâtre a été adaptée en 1951 par Elia Kazan, d'après le scénario original de Tennessee Williams. Ce film mythique annonce la naissance d'un immense acteur, Marlon Brando. Les tensions entre les personnages sont mis en évidence par un jeu de caméra incessant. Les clairs-obscurs permettent à la superbe Vivien Leigh, grande actrice de théâtre, d'être en complète opposition avec la virilité de Marlon Brando.

 

7406 96a178b67513dba266dd1f5fa4814893On retrouve dans ce film tous les thèmes développés par Tennessee Williams  dans sa pièce : le mensonge, la violence, ... La construction du film reprend exactement la tragédie de la pièce même si de nombreuses scènes ont été rajoutées, permettant ainsi de resituer les personnages dans leur contexte d'origine (dont la magnifique scène d'ouverture où Blanche surgit de derrière un écran de fumée à la descente de son train en gare de la Nouvelle-Orléans). Malgré les techniques modernes, les cinéastes d'aujourd'hui n'ont rien inventé. Tout est là : le scénario, le jeu des caméras, la musique, ...

 

20081119PHOWWW00315J'ai pu visionner la version collector du film, enrichi de très nombreux et très bons bonus. Un des reportages concerne la censure. Afin d'éviter une condamnation de la part de la Ligue de la vertu, Warner Bros ordonna au monteur de couper douze scènes, jugées explicitement sexuelles. Ces bobines ont été retrouvées en 1989 puis réintégrées au film.

 

Annex - Brando, Marlon (A Streetcar Named Desire) 03En bref. Un grand texte d'un grand auteur, mis en scène par un grand réalisateur.

 

S'il n'y avait qu'un seul livre à lire...

 

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Frankie 01/09/2010 13:01



J'ai vu le film il y a longtemps, j'en garde un bon souvenir. Je l'ai en DVD mais je ne l'ai pas revu donc je ne sais pas si j'ai la version remontée. Je ne sais plus si j'ai lu la pièce ! Il me
semble que oui mais je ne me rappelle vraiment plus !



ANTIGONE37 04/09/2010 17:19



Normalement c'est la version remontée. D'après ce que j'ai vu, les scènes retrouvées ont été remises en 1989, donc bien avant la version DVD. Dans les bonus, ils montrent les deux versions du
film, avec et sans les scènes. On peut voir les coupures "stratégiques" de la Warner. Très intéressant !