Mardi 1 novembre 2 01 /11 /Nov 11:49

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Essai.

 

Cet ouvrage a été lu dans le cadre de l'opération Masse Critique, organisé par Babelio. Je remercie les PUF pour l'envoi de ce très bon essai.

 

Où va l'Amérique d'Obama ? : question sensible dans un monde fragile en perpétuelles mutations. Hervé de Carmoy et Alexandre Adler (pour l'introduction) tentent d'apporter un éclairage sur cette puissance, qui telle que l'URSS à l'époque de la Perestroïka de Gorbatchev, doit nécessairement s'engager dans une mutation profonde si elle veut continuer à jouer un rôle de premier plan face à la montée en puissance de l'Inde, de la Chine ou du Brésil. Il ne s'agit pas d'un état des lieux mais plutôt d'un diagnostique.

 

Hervé de Carmoy commence son étude selon une approche démographique. Du melting pot au melting top (intégrer les populations immigrées par le haut), les États-Unis doivent répondre à différentes problématiques : promouvoir le rêve américain tout en assurant une intégration optimale et nécessaire de ces populations aux parcours et aux origines différents, venues chez l'Oncle Sam.

 

La plus grande partie de cet essai est consacrée au secteur financier. Même si le PIB, le dollar et l'économie américaine dominent le monde, la dette écrasante et la crise des subprimes participent à l'affaiblissement moral du pays. L'auteur met en avant la hausse des inégalités et la société américaine à deux vitesses qui se dessine. Hervé de Carmoy prend l'exemple très spectaculaire de la faillite d'États :


"Quatorze États et de nombreuses municipalités sont au bord de la faillite. La ville de Detroit envisage de fermer la moitié de ses écoles et d'augmenter à 60 les effectifs de ses classes. Le New Jersey, qui a le taux de criminalité le plus élevé des États-Unis, a réduit de 50% l'effectif de ses forces de police. Enfin, États et municipalités ont émis des milliers de milliards de dollars d'obligations dont une fraction peut devenir des actifs toxiques, avec des conséquences importantes sur les retraites des classes moyennes et sur celles des employés et des ouvriers."

 

L'auteur va jusqu'à comparer les banquiers, dont l'éthique s'effondre, à des conquérants du Far West sur un "territoire riche en opportunités", avec "des cow-boys et peu de shérifs". En trente pages, Hervé de Carmoy revient sur soixante ans de système financier américain : du modèle anglais à la dérèglementation totale.

 

L'essayiste s'intéresse ensuite à la capacité d'innovation et dresse un portrait sans concesssion du système éducatif américain. L'enseignement secondaire est particulièrement montré du doigt. C'est le véritable parent pauvre d'un système qui préfère faire venir des cerveaux (notamment d'Asie) plutôt que de former sa propre matière grise. La concurrence asiatique se ressent également au niveau des universités, qui sont mieux connectées à des clusters (agrégats scientifiques) et des multinationales "porteuses d'avenir".

Puissance militaire omniprésente sur tous les continents, les États-Unis le sont incontestablement. L'armée est "le point névralgique de l'État, de la promotion sociale et de l'intégration des minorités". Fondement de la société, l'armée doit aujourd'hui répondre à de nouvelles exigences tout en s'exposant aux critiques d'une partie de la population, notamment après la guerre en Irak et en Afghanistan. 

Nourri de nombreux exemples (aussi bien historiques, sociétales, économiques, ...), simple sans être simpliste, cet essai est, pour moi, une réussite. Il répond aux principales questions qui apparaissent aujourd'hui en n'oubliant pas (et c'est pour moi un atout considérable) que les États Unis sont aujourd'hui (tout comme la France et l'Europe d'ailleurs) au coeur d'un système-monde.

 

À lire sérieusement.

 

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Mardi 18 octobre 2 18 /10 /Oct 19:09

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Livre d'histoire.

 

Je remercie les Éditions Perrin et Babelio pour m'avoir permis de faire cette lecture dans le cadre de l'opération Masse Critique.

 

Sans titre Voici un ouvrage très pédagogique qui a pour ambition de combler certaines de nos lacunes. En 350 pages, Dimitri Casali nous propose de nous replonger dans l'histoire de France : grandes dates, personnages marquants, découvertes capitales, guerres et batailles ... L'auteur passe en revue les évènements et les acteurs (notions largement oubliées aujourd'hui) qui fondent la France mais qui ont été oubliés dans les nouveaux programmes de l'Éducation Nationale (pour information, cette année, ce sont les programmes de 4ème qui viennent d'entrer en vigueur). 

 

Cette histoire de France commence avec la naissance des Royaumes barbares et se termine avec les Trente Glorieuses. Entre temps : Pépin le Bref, la guerre de Cent Ans, François Ier, Louis XIV, Napoléon, Victor Hugo, Pasteur et tant d'autres. Ce livre a le grand mérite de faire le point et de nous rafraîchir la mémoire sur des moments et des personnages clés. L'objectif de l'auteur est de nous guider à travers le "roman national" afin de comprendre l'enchaînement des évènements et les conditions de la naissance du pays. Point de chapitre détaillant à grand renfort de chiffres et de dates les évènements marquants. Plutôt un panorama embrassant quelques seize siècles. 

 

Sans titre 2 Le livre est agréable à lire. Les chapitres clairs, exposent chaque période en privilégiant un éclairage centré sur l'acteur, celui qui "a fait" l'évènement historique. 

 

Chaque chapitre se termine par un encadré faisant le point sur ce que les collégiens n'apprennent plus. En effet, le véritable sujet du livre est de faire une mise au point sur les nouveaux programmes d'histoire du collège et mettre en exergue les problèmes induits par ce "zapping chronologique". Comme le rappelle l'auteur, les nouveaux programmes sont "un véritable tour de force en perspective pour les enseignants et leurs élèves ! ".

 

Sans titre 3 Je regrette cependant une chose : le choix des illustrations. Je trouve dommage que, par exemple, pour illustrer le chapitre sur Clovis, une peinture du XIXème siècle ait été choisie. Le choix du document est essentiel en histoire ; c'est lui qui est à la base du travail et de la légitimité de l'historien. Sans source, sans document, aucune histoire n'est possible. Pourquoi ne pas avoir choisi une source d'époque, surtout quand elle existe ? (contrainte éditoriale ou choix délibéré de l'auteur ?)

 

Bref, un livre de vulgarisation (dans le bon sens du terme) agréable à lire, qui saura trouver son public et sa place sur les étagères de nos bibliothèques.

 

À lire par un dimanche maussade.

Par ANTIGONE37 - Publié dans : à lire par un dimanche maussade
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Lundi 17 octobre 1 17 /10 /Oct 16:00

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Essai.

 

Christian Millau est le célèbre co-fondateur des guides Gault-et-Millau. C'est à la fois un critique acerbe, un fin journaliste et un grand gastronome. Dans ce petit livre, il nous livre sa vision du vin, ses expériences, ses rencontres, ses découvertes mais aussi ses déceptions oenologiques.

 

Bordeaux, Bourgogne, Champagne et autres breuvages exquis défilent à tour de rôle au fil des pages. Christian Millau s'attache à nous décrire tous les plaisirs mais aussi les travers du vin. Il s'intéresse notamment aux ventes aux enchères de bouteilles de vin où les prix s'envolent de manière presque indécente. De la bonne société américaine aux clubs de dégustateurs, il brosse le portrait d'une société avide de luxe qui perd parfois le sens des réalités. 

 

"On vit se former des clubs de dégustateurs, se développer des revues spécialisées de toute première qualité et bientôt, chez Sotheby's et Christie's, on s'arrache, à prix d'or, d'antiques flacons, avec la même frénésie qu'une décade plus tôt les milliardaires grecs et texans s'étaient rués sur les pommes de Cézanne ou les baigneuses de Renoir. Les nouveaux riches de Los Angeles ou de Dallas payèrent jusqu'à 25 000 dollars un Château Yquem ou un Lafite Rothchild 1903, qu'ils exposaient, comme un bronze Ming."

 

Le vin : un objet d'art comme les autres ?

 

Heureusement, le vin n'est pas qu'une relique tout juste bonne à être exposée sur une vitrine. C'est un produit de passion, élaboré par des passionnés à qui une partie d'eux-même est détruite quand des ceps sont arrachés à cause du phylloxéra, de l'oïdium ou du mildiou.

 

Ce petit livre est très intéressant puisqu'il mêle les anecdotes de Christian Millau avec les réalités du monde viticole actuel.

 

J'aime particulièrement ce passage, situé en début d'ouvrage :


"Le terrorisme du goût nous menace tous. C'est pourquoi j'ai toujours répugné à me laisser coiffer du titre de "critique gastronomique". Le critique, c'est comme un gendarme : il dresse des procès-verbaux, inflige des amendes et, avec un vif plaisir, envoie au trou le malheureux qui lui tombe sous la patte. Pire encore, comme les saints, il fabrique des évangiles et comme les papes, fait des bulles."

 

Un  petit livre exquis, à déguster gorgée après gorgée.

 

À lire en dégustant une tasse de thé ou un verre de vin.

 

Retrouvez aussi cet article sur Meringues et Comté.

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Lundi 3 octobre 1 03 /10 /Oct 17:38

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CD.

 

Écouter un livre et se laisser submerger par des mots susurrés au creux de l'oreille. Je remercie les éditions Thélème et Babelio pour m'avoir permis de vivre un moment privilégié avec George Sand et Alfred de Musset ainsi qu'avec les acteurs Mélodie Richard et Pierre-François Garel. musset

 

Sand-NadarCe merveilleux CD reprend les lettres passionnées que se sont échangées les deux amants durant leur liaison. Alfred de Musset et George Sand : deux enfants du XIXème siècle, esprits géniaux et épris de liberté. 

 

À travers ces lettres, on ressent toute l'admiration que se portent ces deux auteurs. On ressent également cet amour terriblement profond et obsédant mais aussi destructeur.

 

La plus grande partie des lettres a été écrite à Venise en 1834. On sent à ce moment-là deux auteurs fragiles qui ne peuvent survivre l'un sans l'autre. George Sand, malade, exprime le besoin de savoir où se trouve Alfred de Musset à chaque instant. Chacun d'eux est le souffle de l'autre.

 

Au fil des lettres, l'amour devient de plus en plus intense, douloureux jusqu'à la rupture.


"J'en étais bien sure que ces reproches-là viendraient dès le lendemain du bonheur rêvé, promis et que tu me ferais un crime de ce que tu avais accepté comme un droit. En sommes-nous déjà là mon dieu ? Et bien n'allons pas plus loin. Laisse-moi partir. Je le voulais bien. C'était un éternel adieu résolu dans mon esprit." (George Sand à Alfred de Musset).

 

 

De la passion à la tourmente.

 

Écouter deux comédiens me lire ces magnifiques lettres a été une très belle expérience. Seule, avec les voix de Mélodie Richard et Pierre-François Garel, me déclamant les plus belles lettres d'amour qu'il m'ait été donné d'entendre. Nul besoin d'artifice : juste deux belles voix et des textes envoûtants.

 

Écouter un livre devient une façon plus intimiste de redécouvrir des textes et des auteurs et de s'imprégner de leur génie.

 

S'il n'y avait qu'un seul CD à écouter.

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Dimanche 2 octobre 7 02 /10 /Oct 11:17

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Roman.

 

Après avoir beaucoup aimé Le rendez-vous de la Korrigane, je me suis plongée avec bonheur dans cet autre roman policier de Gabriel Vinet qui met en scène une autre enquête de l'inspecteur Thobie.

 

Deux corps sont mystérieusement retrouvés dans l'Arz, vénérable rivière qui serpente à travers les vieux moulins, les demeures ancestrales et des grottes secrètes. Dans le manoir de Pierre Levée, une jeune femme d'origine asiatique, héritière de la famille des Kérily, peint. Son attitude de plus en plus suspecte pousse l'inspecteur Thoby à mener ses investigations de ce côté-ci. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, parfois la fatalité vient gripper les rouages d'un plan qui semblait parfait.

 

 

Encore une fois, la Bretagne et ses paysages sont au coeur de cette intrigue palpitante. L'inspecteur Thobie reste le même : fidèle à ses techniques d'investigations qui mêlent découvertes de caves et de souterrains, rencontres avec une jolie jeune femme et dégustations de muscadet et de morilles.

 

L'intrigue est prenante : difficile de lâcher le roman. Comme dans Le rendez-vous de la Korrigane, le nom du coupable est connu rapidement. Les rebondissements qui suivent cette annonce sont parfois tellement inattendus que je n'ai pas pu lâcher le roman.

 

Un vrai moment de plaisir et de détente.

 

À lire par un dimanche maussade.

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Mardi 27 septembre 2 27 /09 /Sep 20:43

 

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Roman.

 

Amour et manipulation à la sauce Jean Teulé.

 

Voilà un moment que je n'avais pas lu un roman de cet auteur. J'ai retrouvé, avec autant d'enthousiasme, son univers.

 

Un petit atelier de peinture. Marc et Léonore tombent amoureux. Un vrai coup de foudre. Elle, la cinquantaine, courtière en transport d'oeuvres d'art ; lui, la quarantaine, romancier en panne d'inspiration pour son prochain opus. Ils n'y croyaient plus mais un sacré coup de pouce du destin (leur ami peintre Sainte-Rose, pour être précise) les réunit.

 

Sans-titre-copie-4.png Mais ce que Sainte-Rose a fait, il doit le défaire, lui qui ne supporte pas les histoires d'amour. Il offre alors à l'écrivain une idée géniale pour son roman : sa propre histoire d'amour. L'écrivain et la courtière se retrouvent alors au coeur d'un roman où ils jouent leur propre rôle, entre manipulation, mensonges et désastre.

 

Cinquième roman de Jean Teulé, celui-ci s'inscrit dans la même lignée que les précédents.

 

On entre par la petite porte en qualité d'invité, un peu voyeur dans cette histoire d'amour aussi forte que destructrice. Comme dans chacun de ces romans, Jean Teulé attache une attention toute particulière à la description de la psychologie des personnages. Chacune de leurs failles est explorée dans les moindres détails. 

 

À travers ce roman, Jean Teulé met en exergue de façon violente et extrème les choix auxquels chacun de nous est confronté. Le message est clair : comment être acteur de sa propre vie, jusqu'à quel point peut-on être maître de son existence et de sa destinée ? Lorsque la manipulation vient gripper le mécanisme, reste-t-on soit même ou devenons-nous un être prêt à tout pour obtenir ce que l'on désire ?

 

"Mais l'éditeur avait déjà compris que c'était exactement ce que désirait l'écrivain. Détruire ce que l'on aime, toujours, de peur d'en souffrir. Préférer être responsable du désastre plutôt que de le subir."

 

Au delà de la simple histoire d'amour se pose aussi la question de ce qui unit l'art (aussi bien peinture qu'écriture) au désir. En est-il le moteur ou la fin ?

 

Je regrette cependant deux choses. Tout d'abord, la grossièreté. La vulgarité ne me semble rien apporter de plus à cette histoire. Je n'ai pas besoin de ces mots pour comprendre et ressentir la violence qui anime les personnages. Autre détail déroutant : la fin. Monsieur Teulé, vous nous avez habitué à des fins de romans plus musclées. Besoin d'une note romantique après tant de complots ?

 

À lire allongé(e) dans l'herbe, par ce beau temps, ...

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Mardi 20 septembre 2 20 /09 /Sep 20:55

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Roman policier.

 

Rien de tel qu'un bon roman policier pour débuter l'automne.

 

Partez à la découverte des îles secrètes au large de Belle-Île en compagnie de l'inspecteur Thobie de la PJ de Vannes.

 

Sans titre-copie-3 Le cadavre d'un homme égorgé dérive au gré de la houle. Sur le corps, des tatouages nazis. L'inspecteur Thobie mène l'enquête à sa façon au large de l'îlot mystérieux de la Korrigane où habite un énigmatique légionnaire, ancien de la coloniale, aux agissements suspects.

 

Tous les ingrédients du roman bien ficelé sont présents : un inspecteur atypique très porté sur la boisson et la bonne chaire, une île mystérieuse qui ne figure sur aucune carte, des personnages au passé plus que trouble et des notables quelque peu dérangés par des documents qui refont surface. Toute cette petite sauce prend plutôt bien.

 

La mer n'est jamais très loin ; le bruit des vagues et le vent breton résonnent tout au long de l'intrigue policière. Un parfum de rhum, d'embruns et de vengeance flotte au dessus de la mer.

 


"L'inspecteur Thobie n'était pas un marin exceptionnel mais savait naviguer très correctement. La mer ? La plupart des Bretons l'ont dans le sang. Une seconde nature. Comme si, nés les deux pieds sur terre, ils savaient aussi, d'instinct, marcher sur les vagues."

 

Le plus intéressant dans ce roman policier (et le plus déroutant sans nul doute) est certainement le fait que le nom du coupable est connu dès la page 70.  N'allez pas croire que l'intérêt du livre s'envole avec cette révélation ! L'auteur s'intéresse dans le reste du roman à construire le pourquoi du crime à travers un dialogue passionné entre le légionnaire et l'inspecteur.

 

Les chapitres courts s'enchaînent à un rythme effréné. L'écriture est très agréable et laisse toute la place à l'imagination devant la grande bleue.

 

Bref, j'ai passé un très bon moment en compagnie de Gabriel Vinet (je suis en train de lire un autre de ses romans policiers).

 

À lire en dégustant une tasse de thé !

Par ANTIGONE37 - Publié dans : à lire en dégustant une tasse de thé
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Mardi 20 septembre 2 20 /09 /Sep 17:51

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Roman.

 

"Elle ne cherchait pas à tout comprendre, elle assistait à la vie des voisins comme à une sorte de spectacle sans fin, donné, stupéfiant et familier à la fois. Ils étaient là, ils se mouvaient, émettaient des sons, des odeurs, multipliaient les gestes, les images, recommençaient, cessaient, recommençaient, tous, hommes femmes enfants, bêtes et gens."  

 

Marie et Jean Santoire sont frère et soeur. Ils sont de la quatrième génération des Santoire. Pas mariés, pas d'enfant. Juste eux, dans une grande maison perdue dans un petit village au coeur du Parc National des volcans d'Auvergne. Leurs parents sont morts ; ils restent seuls. Leur seule activité : regarder, observer, scruter la "tribu des voisins". De l'autre côté de la route, un autre monde commence. Celui des enfants qui rient, des parents qui travaillent, des voisins qui vivent, vraiment. Les Santoire ne vivent pas. Ce sont des sentinelles qui happent les faits et gestes des voisins. Ils contemplent la vie des autres, sans jamais en faire partie, en préférant en prendre leur parti. 

 

Sans titre-copie-2 J'avais déjà beaucoup aimé cette auteure dans L'annonce. Le décor est le même, des maisons isolées dans les verts pâturages auvergnats. Les personnages se ressemblent, un homme et une femme solitaires, tellement ancrés dans le paysage qu'ils ne semblent faire qu'un. On ressent les mêmes émotions, les mêmes douleurs, la même solitude.

 

Marie et Jean se raccrochent aux souvenirs qui deviennent leur seul moteur. Les voisins ne sont qu'un prétexte pour les conforter dans l'idée de ce qu'ils ne sont pas et ne seront jamais, au grand malheur non avoué de Marie pour qui la ville et la vie des autres semblent fasciner. Elle mène sa vie par procuration, à travers des cartes postales, des prospectus, sa fenêtre, son écran de télévision.

 

"L'une des cartes venait de Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, et représentait un parasol rayé de couleurs vives, frangé de blanc éclatant, ouvert sur un morceau de sable pâle et vide. L'autre carte, divisée en quatre parties, avait été envoyée des Châteaux de la Loire, Chenonceaux, Chambord, Cheverny, Azay-le-Rideau, les quatre noms sinuaient en petits caractères bleus sur les bandeaux orange qui encadraient quatre photos minuscules."

 

L'écriture, toujours aussi belle, est toute en retenue et en pudeur. Marie-Hélène Lafon attache une grande profondeur à ses personnages. Elle les dépeint avec douceur et bienveillance. Chaque détail compte pour saisir la complexité des caractères décrits. Même si les décors et les personnages sont uniques, la solitude, elle, est universelle.

 

S'il n'y avait qu'un seul livre à lire

Par ANTIGONE37 - Publié dans : s'il n'y avait qu'un seul livre à lire
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Mardi 13 septembre 2 13 /09 /Sep 20:24

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Recueil de textes.

 

Truman Capote dédicace ce recueil à Tennessee Williams, grand génie de la littérature américaine. Lorsque l'influence de l'un touche le génie de l'autre.

Ce recueil regroupe des récits courts de l'auteur, publiés à la fin de sa vie. Le livre est divisé en trois parties. La première "Musique pour caméléons" regroupe six nouvelles, plus ou moins longues. La seconde est un véritable roman rassemblé sur quatre-vingt pages : Cercueils sur mesure. Enfin, la troisième partie rassemble des portraits et des conversations. Il est difficile d'en faire un résumé tant les récits sont différents les uns des autres.

Sans titre-copie-1On retrouve tout le style de l'écrivain : cinglant, incisif, précis. Truman Capote brouille les codes du roman, de la nouvelle. Il laisse son lecteur vagabonder avec lui, entouré de ces personnes qui ont croisé, un jour, la route de l'écrivain, telles sa femme de ménage qu'il suit dans son travail ou le mystérieux M. Jones, infirme, qui tient salon dans sa chambre de pension tous les après-midi.

 

Dans Cercueils sur mesure, on retrouve la même ambiance que dans De sang froid. Truman Capote nous transporte sur les traces d'un meurtrier qui envoie à ses victimes un cercueil en bois quelques semaines avant de les tuer. Jack Pepper, l'enquêteur sur ces affaires, le tient au courant. Ces quatre-vingt pages sont intenses, vibrantes.

Le lecteur voyage aux quatre coins des États-Unis, au gré des pérégrinations de Truman Capote et de ses rencontres. 

 

Mon récit préféré ? Sûrement "Une enfant radieuse". Truman Capote et Marylin Monroe assistent à l'enterrement d'une actrice, Constance Collier. Après la cérémonie, ils déambulent et se confient mutuellement. 

"Marylin : Souviens-toi. J'ai dit que si jamais des gens demandaient à quoi je ressemblais, qui était vraiment Marylin Monroe, qu'est-ce que tu répondrais ? (Son ton était moqueur mais sérieux à la fois ; elle voulait une réponse sincère). Je parie que tu leur dirais que je suis une cloche. Une paumée.

TC : Bien sûr. Mais je dirai aussi ... (La lumière baissait. Marylin semblait s'estomper avec elle, se fondre dans le ciel et les nuages, s'amenuiser au loin. Je voulais élever la voix, couvrir les cris des mouettes, la rappeler : Marylin ! Marylin ! Pourquoi faut-il que les choses tournent toujours de cette façon ? Pourquoi faut-il que la vie soit tellement dégueulasse ?)

TC : Je dirais ...

Marylin : Je ne t'entends pas .

TC : Je dirais que tu es une enfant radieuse."

La préface est aussi un texte des plus intéressants, surtout pour quelqu'un qui veut se lancer dans le métier d'écrivain :

"Un jour, je me suis donc mis à écrire, ignorant que je m'enchaînais pour la vie à un maître très noble mais sans merci. Quand Dieu vous donne un don, il vous gratifie aussi d'un fouet ; et ce fouet est strictement réservé à l'autoflagellation." 

Dans ce recueil, c'est une partie de la vie de Truman Capote qui défile devant nos yeux, comme un Polaroïd en action.

Un autre livre de cet auteur qui va être rangé sur l'étagère des chefs d'oeuvre.

S'il n'y avait qu'une seul livre à  lire.

Par ANTIGONE37 - Publié dans : s'il n'y avait qu'un seul livre à lire
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Mardi 13 septembre 2 13 /09 /Sep 18:19

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Roman.

J'ai enfin réussi à passer deux heures avec Yasmina Khadra, plutôt avec son roman. Merci Céline ! 

Sans titre 2 Un terrain vague perdu entre ciel et terre, entre une décharge publique et la mer infinie. Sur ce petit territoire règne une bande de laissés-pour-compte, d'amochés par la vie. Le Pacha gouverne en maître, entouré de Mama la Fantomatique, Ach le borgne ou encore Junior le simplet. Chacun mène sa vie, dans cet univers sale mais où règne la liberté ; chose la plus précieuse aux yeux d'Ach. Face à la mer, dos à la vie, ce sont des Horr, "des hommes libres", "des clodos qui se respectent'. 

 

Yasmina Khadra nous propose un conte philosophique, dans cet univers irréel mais tellement ancré dans la réalité. Douce contraction. On connaît ces hommes et ces femmes ; ils vivent dans chaque ville. L'auteur leur donne la parole, à travers ces personnages fantasmagoriques. D'hommes bien réels, on passe à des ombres qui errent dans cette décharge. 

 

Sans titreCe récit est touchant à plus d'un titre. La relation qui unit les personnages est très forte. Même si des clans se forment, la solidarité est latente. Les personnages sont également attendrissants. À la fois forts, pour vivre dans ces conditions et totalement vulnérables, trop cassés par cette vie.

 

J'ai, par contre, été déçue par le personnage de Ben Adam, sorte de messie descendu du ciel. Ce personnage ne trouve pas, pour moi, sa place dans le récit.

 

À travers ce voyage philosophique, Yasmina Khadra m'a transportée vers un univers intemporel, presque irréel. 

À lire par un dimanche maussade.

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